MODE DE VIE

DES ANCIENS ACADIENS
   
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Peinture de  Claude Picard

LES DESCENDANTS des pionniers, formant déjà la troisième ou la quatrième génération en terre acadienne, étaient devenus des Acadiens. Ayant acquis de nouvelles coutumes et "unis par la tradition et les usages que la force des choses leur avait imposés en commun", ils formaient déjà un peuple nouveau.   

    La fécondité des berceaux était la grande richesse de ces paroisses naissantes. Elles n'étaient pas rares les familles acadiennes comptant dix, quinze et même vingt enfants. Les octogénaires étaient nombreux qui pouvaient compter sur une centaine de descendants: enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.   

    "Plus je considère ce peuple, écrit en 1708 Subercase, le dernier des gouverneurs français d'Acadie, plus je pense que ce sont les gens les plus heureux du monde". En I'absence des missionnaires, une "messe blanche" se célébrait tous les dimanches. Cette pieuse coutume, consacrée dans les colonies neuves, a persisté chez les Acadiens, même après leur dispersion, lorsqu'un prêtre ne pouvait les atteindre.   

    Tout le monde s'assemblait, soit dans une modeste chapelle, soit dans le lieu ordinairement affecté à la tenue des offices religieux. L'un des plus âgés du groupe, ordinairement un vieillard aux cheveux blancs, récitait les prières de la messe et entonnait les chants liturgiques auxquels répondait le choeur des assistants.   

    Les mémoires et les récits de voyages de l'époque nous permettent, à des siécles de distance, de retracer les étapes de la création de la nation acadienne, du mode de vie des Acadiens. Nous pouvons évoquer leurs travaux et leurs coutumes, tout comme s'ils vivaient parmi nous.   

    En octobre 1685, comme on le sait déjà, l'intendant De Meulles, du Canada, visitait I'Acadie. Il en repartait au mois de mai 1686. En cette même année 1686, Mgr de Saint-Vallier y faisait une longue tournée pastorale. Tous deux ont laissé de touchantes relations de leur voyage en terre acadienne.   

    À la même époque, le gouverneur François Perrot ainsi que Lamothe-Cadillac vécurent au milieu des anciens Acadiens. Diéreville a passé les années 1699 et 1700 en Acadie. Ces personnes ont vu les Acadiens à I'oeuvre, les ont observés de près, ont causé avec eux et ont fréquenté leurs modestes demeures. Plusieurs autres mémorialistes en ont fait autant. Ces narrations ne manquent jamais d'impressionner vivement ceux qui lisent ou relisent ces descriptions attachantes de la vie des pionniers acadiens.

Les Acadiens chez eux

D'après Rameau de Saint-Pére, "Port-Royal consistait alors en un fort grossier, formé de quelques terrassements couronnés par de grosses palissades de bois. L'église et quelques maisons se trouvaient aux alentours. La plupart des fermes étaient répandues dans la campagne, chacun demeurant sur son terrain. 

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"Les maisons étaient faites de bois équarri ou construites au moyen de gros pieux, plantés en terre, dont les interstices étaient bouchés avec de la mousse et de I'argile. Les cheminées étaient montées avec des poteaux et de la terre glaise battue, et le toit couvert de joncs, d'écorces, parfois même de gazon. Le bois étant très abondant, toutes ces constructions étaient faciles à édifier et l'on pouvait, à la première alarme, les abandonner sans souci et les perdre sans regrets; considération importante, car de fréquentes incursions des Anglais inspiraient la méfiance et l'on s'efforçait de n'offrir aucune prise de quelque valeur à l'ennemi. 
 
 

    "Quand celui-ci se montrait en force, les habitants se sauvaient dans la forêt, sans inquiétude sur ce qu'ils laissaient derrière eux, car leurs petits troupeaux étaient dressés à la vie des bois et leur mobilier était d'un enlèvement facile: quelques marmites de fer, les armes, les outils et un paquet de hardes. Ceux qui étaient embarrassés de trop de richesses en enterraient une partie et emmenaient le reste. Mais tous connaissaient, dans les collines boisées, à quelques portées de fusil, de sûres retraites qui n'étaient pénétrables que pour eux et pour leurs amis fidèles, les Micmacs de l'intérieur." 

Construction d'une digue à Grand-Pré
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Peinture de Lewis Parker

Les anciens Acadiens s'adonnaient à la culture, à l'élevage, à la chasse, à l'exploitation forestière et à la pêche. Les nombreux tonneliers signalés dans les recensements empaquetaient le poisson salé pour l'expédition en France.   

    Durant les longs hivers, les Acadiens tissaient leurs étoffes, avec la laine de leurs moutons ou avec le lin, récolté en abondance, surtout dans la région de Grand-Pré. Les anciens Acadiens préparaient eux-mêmes leur cuir et fabriquaient leurs propres chaussures de même que les harnais, qu'ils imbibaient d'huile afin de les rendre imperméables. Ils faisaient leur propre savon et la chandelle dont ils s'éclairaient. Étant d'une grande habileté à manier la hache et le ciseau, ils fabriquaient leurs meubles rustiques et des outils en bois.   

    Au printemps, les anciens Acadiens faisaient du sucre d'érable et de la bière d'épinette dont ils étaient très friands. Bien que, par leur propre industrie, ils se fournissaient d'une grande variété d'objets d'utilité courante, ils devaient néanmoins se procurer à l'étranger les métaux en barre, les armes et munitions, le sel, certaines étoffes, de même que les marchandises d'importation, dont ils se servaient dans leur commerce des fourrures avec les Indiens.   

    Le vert, le bleu et le noir étaient les seules teintures à leur portée. Pour obtenir des garnitures rouges, surtout pour leurs robes et leurs manteaux, les Acadiennes se procuraient des étoffes anglaises qu'elles charpissaient en défesures, cardaient, filaient et tissaient sur leurs rustiques métiers.

L'instruction chez les Acadiens

Sous le régime français, soit jusqu'en 1713, une quarantaine de religieux et de prêtres séculiers vinrent en Acadie. Ils furent tout à la fois directeurs de conscience, ministres du culte, guides politiques, arbitres dans la plupart des litiges d'intérêt privé et aussi instituteurs.   

    En 1701, une école fut ouverte à Port-Royal, sous la direction de soeur Chausson, religieuse de la Congrégation de la Croix, qui était venue directement de France. La première école régulière fut cependant fondée à Port-Royal, en 1703, par le père Patrice René. Une autre école sera établie plus tard à Saint-Charles-des-Mines (Grand-Pré), par I'abbé Louis Geoffroy.   

    Avant l'ouverture de ces écoles, les missionnaires s'étaient fait instituteurs, pour enseigner à lire et à écrire aux jeunes Acadiens qui offraient les meilleures dispositions. Il arriva aussi que plusieurs Acadiens, parmi les plus fortunés, envoyèrent leurs enfants parfaire leur instruction en France.   

    Il y eut aussi en Acadie plusieurs notaires. Signalons maître Domanchin, qui exerçait, dés 1651, les fonctions de substitut de notaire et garde-notes ; Guillaume LeBet fut, vers la même époque, grand-prévost de justice en Acadie; Claude Petitpas remplissait, en 1680, les fonctions de greffier et de notaire royal; maîtres Couraud et Loppinot exercèrent leur profession à Port-Royal, entre 1690 et 1710.   

    Dans la région de Grand-Pré, il y eut le notaire Alain Bujeaut qui s'établit près de son beau-père, Pierre Melanson, vers 1696. Plus tard, nous y voyons le notaire Alexandre Bourg et le notaire René LeBlanc, immortalisé par Longfellow, dans son poème Evangéline. Alexandre Bourg et René LeBlanc avaient sans aucun doute étudié en France. Enfin, le notaire Louis de Courville exerça sa profession en Acadie, notamment dans la région de Beaubassin, à Beauséjour, en 1754 et 1755. Dans la masse des papiers de ce tabellion, qui pratiqua sa profession à Québec, de 1756 à 1758, puis à Montréal, de 1758 à 1781, il se trouve dix-sept contrats, les seuls, peut-être, qu'il dressa en Acadie.

   L'idée de la patrie acadienne


   
   


Rameau de Saint-Père, dans l'ouvrage déjà cité, trace un vivant portrait des anciens Acadiens. "Leurs joies, écrit-il, étaient celles du foyer domestique et, au dehors, les courses violentes et les pêches hardies. Ils aimaient les fêtes de I'église, les longues guirlandes des processions fleuries et les chants solennels, auxquels répondait la grande voix de l'océan. 
 
 

    "Dans les veillées, ils retrouvaient encore quelques vieilles chansons de France, au milieu des joyeux propos, des récits de chasse et de flibuste. D'autres fois, songeurs solitaires, ils éprouvaient, aux accords mélancoliques de la mer, ces méditations rêveuses que la religion éveille dans les âmes les plus simples, aussi bien que chez les grands esprits. Ils en faisaient des légendes et des chants populaires et c'est dans ces premières ébauches de la vie intellectuelle que Longfellow a puisé l'idée-mère d'Évangéline, ce chefd'oeuvre charmant.   

    "Les caractères, cependant, n'étaient pas toujours faciles, parmi ces hommes grossiers, que venaient souvent aigrir les difficultés au milieu desquelles ils vivaient. Ils n'étaient pas exempts des défauts propres à la race française et que l'on retrouve partout où elle s'établit : une certaine légèreté d'esprit, qui s'inspire plus volontiers des impressions présentes que des provisions d'avenir ; une vanité individuelle, féconde pour quelques hommes qu'elle pousse aux grandes actions, mais qui, dans le commun de la vie, nous rend souvent insupportables les uns aux autres; peu de subordination, à moins qu'elle ne soit imposée par la force ou l'entraînement ; enfin, un grand amour de la critique et du commérage, avec une jalousie innée de ses voisins, suites abusives de notre trop grande sociabilité..."   

    "Dans l'église, ils se groupaient moralement et matériellement. Ses Fêtes étaient presque les seules Fêtes de ces braves gens. Ils s'enthousiasmaient de ces mélodies, de ces cérémonies pompeuses, de ces réjouissances champêtres, dans lesquelles ils se comptaient, s'y retrouvaient plus sûrs les uns des autres, unis dans une même idée, une même confiance et une même sincérité sous I'oeil de Dieu tout-puissant.   

    "C'est alors que leur curé trouvait, chez ces hommes rudes et grossiers, les esprits les mieux disposés à s'assouplir sous ses remontrances et à s'associer dans une action commune."   

    A défaut de routes carrossables, les rivières constituaient leurs principales voies de communication à l'intérieur des terres. Durant la belle saison, ils se servaient de canots d'écorce de bouleau, de leur fabrication. L'hiver, sur la glace, Ils pouvaient franchir de grandes distances au moyen de raquettes ou de traîneaux.   

    Les travaux des champs et des bois se faisaient en commun. En hiver, durant les longues veillées, alors que les bûches d'érable et de hêtre brûlaient lentement dans la cheminée, les Acadiens se livraient aux joies de I'hospitalité. Ils se réunissaient entre parents, amis et voisins, racontaient des histoires de la vieille France, que seuls les plus âgés avaient connue. Ils entonnaient les vieilles chansons d'autrefois, dansaient des danses rustiques et entretenaient ainsi la flamme vive de la sociabilité et de I'hospitalité française, dont sont encore marqués leurs descendants de nos jours.   

    C'est ainsi que se précisa l'idée de la patrie acadienne, parmi les fils et les petits-fils des premiers colons français arrivés en Acadie. Deux ou trois générations, parfois quatre, avaient déjà contribué à la formation d'un peuple distinct, possédant des coutumes et des traditions qui lui étaient propres. Le sentiment de la patrie acadienne avait pénétré leur âme. L'amour du sol acadien était entré dans leur coeur. Ils étaient devenus des Acadiens. 

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Lieux historique national de Grand-Pré

  

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